Voici quelques extraits de l'entretien avec le Sécretaire du parti Alternative Citoyenne et Rapporteur à l'Assemblée Nationale du Bénin.
Rbk Akouavi.: Qu'est-ce, la politique selon vous?
Orden ALLADATIN: La politique est l'art de gérer la cité en tant que communauté de personnes; c'est de savoir comment faire évoluer la vie commune en cité.
Rbk A.: La politique, est-ce un métier?
Orden A. : Oui et non.
Rbk A.: Expliquez-nous un peu s'il vous plaît
Orden A.: Non d'abord, parce que, même si nous avons à notre disposition les écoles de sciences politiques et autres, la politique ne s'apprend pas nécessairement du point de vue de l'exercice de la gestion des affaires de la cité. Ce n'est pas une affaire d'école de quatres mûrs. C'est vrai qu'il faut parfois des aptitudes, puisque cela fait objet de science désormais. Mais on n'a pas besoin des écoles pour s'investir. Quand vous êtes ancré dans les affaires de chez vous, pas nécessairement au sommet de l'État, même dans votre quartier, vous devriez vous soucier de comment faire évoluer le quartier en matière d'assainissement, d'infrastructures, de code de bonne conduite entre vous, dans la cité, ... afin que la liberté des uns s'arrête vraiment là où commence celle des autres; il faut s'interesser au devenir collectif, comment faire pour que dans le quartier, dans l'arrondisement, dans la commune, dans le pays, la population ait accès à l'eau potable par exemple... Nous ne sommes plus à l'ère de la démocratie athénienne, où tout le monde peut venir sous une montagne pour décider des questions de la cité, d'où le principe de la représentatition, où l'on brigue les mandats pour représenter la population et prendre des décisions en leur nom. Quand vous êtes dans ce domaine, vous êtes donc obligé d'apprendre à travers votre vécu, le savoir-faire que par votre sociabilité. Et vous pouvez aussi y apprendre des notions à travers des livres... Cela prend tellement de temps qu'en principe on n' a pas le temps de faire autre chose...
Et oui! Parce que de ce point de vue, vous y êtes et vous y restez. Et donc on peut en faire un vrai métier. On ne peut régler les affaires de la cité en temps perdu, parce que cela n'attend pas, c'est un processus continu... Et c'est un virus, une vocation qui naît; et quand ça naît, il faut l'assurer et on peut donc en faire carrière.
Et oui! Parce que de ce point de vue, vous y êtes et vous y restez. Et donc on peut en faire un vrai métier. On ne peut régler les affaires de la cité en temps perdu, parce que cela n'attend pas, c'est un processus continu... Et c'est un virus, une vocation qui naît; et quand ça naît, il faut l'assurer et on peut donc en faire carrière.
Rbk A.: Qu'en est il de celui qui aimerait faire de la politique mais ne possède pas la capacité de convaincre? Vers quelle école doit il se tourner?
Orden A.: Il lui faut entrer dans l'école de la vie... Mais il y a aussi des écoles carrées qui s'occupent de certains aspects particuliers de la gestion de la cité que l'on peut acquérir. Parce que, quand on est leader et que l'on s'intéresse aux affaires de sa cité, pour ce dernier, il faut des aptitudes. Pour quelqu'un qui suppose un mandat électif par exemple, il doit pouvoir connaître les problèmes de sa communauté, de ses concitoyens pour pouvoir s'adresser à eux. De ce point de vue, comment construire un argumentaire, peut s'acquérir à l'école...
Rbk A.: Justement en parlant d'école, est-ce que le Bénin dispose d'une école particulière, est-ce la science politique?
ORené A.: Cela n'englobe pas tout... On connaît l'histoire politique des pays dont on s'est documenté... Mais il y a plein de domaine de la vie; par exemple vous êtes dans une formation ordinaire de la gestion des ressources humaines, et donc pour gérer des hommes, vous en aurez besoin; vous pouvez donc aller prendre des notions de stratégies, d'économie, de comptabilité; et tout ça, c'est la vie. Vous en apprenez dans votre parcours personnel, dans votre processus... Et pour mieux faire on peut prendre des cours en art oratoire pour se perfectionner; mais tout cela ne fait pas de ce dernier un bon politicien, il faut qu'il soit atteint du virus et qu'il prenne le temps de structurer et de se renforcer. Car ce n'est pas parce que vous êtes le meilleur en science politique que vous serez le meilleur dirigeant de votre pays : d'où s'intéresser aux problèmes de son pays.
Rbk A.: En quoi la rétribution du politicien diffère d'un simple contribuable?
Orden A. Le politique n'a pas un salaire particulier. Son salaire est la conquête et l'exercice du pouvoir. Il travaille parce qu'il a une certaine vision de sa société. Et pour faire passer cette vision, il se bat. Quand il se bat il est payé par rapport au résultat qu'il atteint. Moi je me suis battu dans le pays pour que le système qui était en cours avant 2016 ne perdure pas. Et la plus grande satisfaction pour moi est que le régime est parti. Et en dehors de cela, il y a des fonctions politiques que l'on peut assumer, par rapport auquel l'on est rétribuer. Ce n'est donc point du simple fait de votre action politique que vous méritez un salaire. Et au-delà de cela il faudrait aussi que les parties politiques aient du financement qui rentre dans le financement de votre projet de société et de votre vision pour le pays.
Rbk A. Pour d'autres, la politique est perçue comme porte de sortie de la misère. Votre avis...
Orden A. : Cela dépend. Puisque pour sortir les hommes de la misère vous êtes obligé d'agir sur leur destin. Oui, c'est par la politique qu'on peut sortir les populations de la misère. En temps normal ce ne devrait pas être le devenir personnel, qui devrait pousser à la politique. Mais malheureusement, c'est le constat. Moi par contre je suis dans l'action citoyenne, qui est même publique, depuis 30 ans. Et quelles sont mes motivations? Il s'agit d'asseoir la démocratie, de travailler à ce que chez moi, autour de moi, il y ait davantage de citoyen, du bien-être collectif et c'est pour cela que je me bats. Et je pense que ceux qui entrent en politique devraient avoir ce genre de motivation. Et si in fine la politique vous apporte quelques facilités, c'est l'ordre normal des choses. Mais cela ne devrait pas être le but ultime. A supposé que dans l'exercice même des choses vous ayez des intérêts qui soient contraires aux intérêts du collectif, vous devrez reculer chaque fois que votre intérêt est en conflit avec celui du plus grand nombre. L'idéal est qu'en privilégiant l'intérêt du plus grand nombre vous trouviez votre salut individuel. Il faut donc aller vers les centres de décisions. Le chemin est long mais il ne faut pas dévier.
Rbk A. : Le rôle de "l'argent" dans le processus des élections.
Orden A.: Vous soulevez donc le problème de la vénalité apolitique. L'argent a occupé tous les sphères de la politique et a donc tout dévoyé. Le président de la république dit que nous devons travailler collectivement à faire reculer le rôle de l'argent en politique chez nous. A l'occasion des récentes élections, j'ai constaté que nous ne parlons pas beaucoup aux populations surtout aux jeunes.
Rbk A. : Un conseil à l'endroit des jeunes désireux de faire de la politique?
Orden A.: Je leur dirai de s'engager, c'est-à-dire, vous êtes au collège, au lycée, intéressez-vous aux problèmes de votre collège, de votre lycée, de votre université, c'est déjà ça. J'ai toujours dit aux jeunes de ne pas être des élèves et étudiants quelconques, parce que si aujourd'hui vous l'êtes, demain vous serez des cadres quelconques. Tout le monde n'a pas besoin d'être ministre, mais intéressez-vous à votre destin, c'est de cela qu'il est question. On ne peut pas prendre des décisions qui engagent votre vie et la postérité sans que vous n'ayez votre mot à dire. Quelque soit la place que vous souhaiterez occuper, de s'engager. Parce que si vous ne vous engagez pas, vous n'avez pas la possibilité de vous indigner et quand vous ne vous indignez pas, la dictature s'impose.
Rbk A. : Merci à vous!
Rébecca ADJINAKOU
Rébecca ADJINAKOU

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